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POÈMES-CHANSONS

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LE ROSEAU

Le roseau dans le lac

puise l'encre du ciel

imbibé de mélancolie

il murmure | il dessine une ligne

je ne suis rien quand j'écris

juste cette rayure à cheville fine et noire

à chevelure de grèbe huppé

vibratile au vent qui passe

je ne suis rien quand j'écris

juste une patte d'échassier

un unique trait de plume

héron cendré

dans la foule inclinée des herbes.


A la roselière des souffles

je creuse l'intérieur de ma tige

s'ouvre un chant

à chanter au delà d'une ombre.

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S’incliner sur le lac

avec l’arbre et voir

la surface trouble

le martin pêcheur

s’immobiliser

s'éjecter vers la cime

avant de se retourner

pour plonger

le froissement d’une aile

continu | vibratile

observer l’étendue

avant de glisser

dans l’eau

avaler le poisson

tête la première

dans le sens des écailles.



Lô, janvier 2021

 

TORSION

Sur la presqu’ïle

nœuds | torsions

des regards

les oiseaux sont partis

à l’horizontale

loin dans le clapotis

sur l’autre rive ils regardent

chaque mouvement

une alerte | une impulsion

au raz de l’eau

un peu plus haut

élongation d’un bois

un perchoir sauvage

un vent contraire à l’onde

retourne l’envolée

l’eau a des bras

qui s’étirent vers la forêt

elle répond en racines

élevées sur la langue de terre.

où tout a disparu.



Lô, janvier 2021

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LE LAC

Alphonse de Lamartine (1820)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux. »

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit. »

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

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IN MÉMORIAM

Louise-Victorine Ackermann (1813-1890)

J’aime à changer de cieux, de climat, de lumière.
Oiseau d’une saison, je fuis avec l’été,
Et mon vol inconstant va du rivage austère
Au rivage enchanté.

Mais qu’à jamais le vent bien loin du bord m’emporte
Où j’ai dans d’autres temps suivi des pas chéris,
Et qu’aujourd’hui déjà ma félicité morte
Jonche de ses débris !

Combien ce lieu m’a plu! non pas que j’eusse encore
Vu le ciel y briller sous un soleil pâli ;
L’amour qui dans mon âme enfin venait d’éclore
L’avait seul embelli.

Hélas ! avec l’amour ont disparu ses charmes ;
Et sous ces grands sapins, au bord des lacs brumeux,
Je verrais se lever comme un fantôme en larmes
L’ombre des jours heureux.

Oui, pour moi tout est plein sur cette froide plage
De la présence chère et du regard aimé,
Plein de la voix connue et de la douce image
Dont j’eus le cœur charmé.

Comment pourrais-je encor, désolée et pieuse.
Par les mêmes sentiers traîner ce cœur meurtri,
Seule où nous étions deux, triste où j’étais joyeuse,
Pleurante où j’ai souri ?

                                     Août 1850

 
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LE LAC ST SÉBASTIEN

Anne Sylvestre (1934-2020)

Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Je ne comprends pas ces humains
Ils sont si pleins de turbulences
Je crois qu'ils ont peur du silence
Ils s'imaginent réfléchir
Moi, je sais ce que ça veut dire
Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Oh ! Je leur expliquerais bien
Qu'il faut qu'il n'y ait pas un souffle
Ou bien l'image se boursoufle
On ne distingue plus le fond
Le ciel est comme un vieux chiffon

Mais près de moi vit une humaine

Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l'eau

Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Elle dit que nous sommes cousins
Que les humains sont très liquides
Mais ils ne sont pas translucides
Où sont leurs truites, leurs brochets ?
Il faut croire qu'ils les cachaient
Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Sans doute ils n'y comprennent rien
L'eau qu'ils possèdent, ils la salissent
Ils y jettent leurs immondices
Et quand elle est bien polluée
Disent qu'il faut la purifier


Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l'eau

Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Ils sont étranges, ces humains
Quand ils détournent des rivières
Ils sont parfois très en colère
Si elles vont regagner leur lit
Après avoir tout englouti
Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Je crois qu'ils ne font pas le lien
Entre toutes les eaux du monde
Moi, je sais qu'elles correspondent

Et qu'en la plus petite flaque
Il y a l'espérance d'un lac

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l'eau

Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Ils se battent comme des chiens
Ils sont chiens quand ça les arrange
Et puis se prennent pour des anges
Comme si d'être ce qu'ils sont
Leur donnait un mauvais frisson
Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Ils s'improvisent magiciens

Ils déracinent et ils bétonnent
Ils font le vide et ils s'étonnent
Que les saisons aillent de travers
Et que s'étende le désert

Mais près de moi vit une humaine
Je la vois quand elle se promène
Et si parfois elle parle haut
Elle connaît la langue de l'eau

Tiens,
Se dit le lac Saint-Sébastien
Je refroidis, l'hiver s'en vient
Bientôt se formera ma glace
Dessous, j'aurai toute la place
Pour moi le gel est bienvenu
Je n'aime pas les arbres nus
Tiens,

Se dit le lac Saint-Sébastien
Je vais rêver à ces humains
Ils seront encore là, j'espère,
Quand mes eaux redeviendront claires
Et que se poseront les huards
Pourvu qu'ils n'aient pas de retard

Et que près de moi cette humaine
Ait traversé l'hiver sans peine
Qu'elle vienne avec les oiseaux
Me parler la langue de l'eau

 
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Danse en chênaie


De tes eaux dorées, jamais n' en sortira

Ni lingots ,ni papier.

Au temps suspend ton vol

Aigrette paniquée.

Barques électrifiées,

Ils voudraient de toi un paradis saturé.

Le calme est recherché

Rien à vendre tout à donner,

Le froid d' hiver, le vent glacé.

Sur tes eaux agitées

Les brumes et les herbiers

Suspendus à l orée

D' une éphémère continuitée

Retiennent les heures du temps passé

Repoussent le début , d' une nouvelle journée.

Le murin juste né, sa volonté

Son chêne, sa canopée

Tu crois pouvoir te le payer ?

Pour une nuit, pour un dîner

Pour un spa dans un chalet

Produits locaux, paniers d’ osiers

Viens au marché te promener.

Sort des bureaux sort des casiers.

Viens marcher dans les sentiers

Boueux au risque de glisser​

À la carpe amaré,

Je navigue en apnée.

Sur tes berges, échouée,

La loutre est loutrée

De me voir ainsi danser

Sur l' orite et le geai.

                                   T.L

 
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VERT DELAVE

(Lospellut)


Toutes les bonnes idées

Finissant en parc à thème

La Nature ne put y échapper

À finir caca d'oie blème


Fit de la vie sauvage,

De l équilibre à l unisson

Fit l'immaculé, hors d age

Égorgé sur l autel du dieu pognon


Finit ,le bien commun gratuit

Finit le Roots ,le contemplatif,

L Unit

Place au Vert délavé,

à 200 ticket la nuit


Écoute les, las

Te parler d intérêt supérieur;

Qui curieusement s avère,

Être surtout le leur



Vert délavé

Pour faire joli

Sur le papier

Avec autour un beau ruban:

Du vent, du vent,DU VENT !




Entendras tu le cri des arbres

Et du dernier oiseau migrant

Passer sous les fourches caudines

De ton amortissement sur 5 ans


Aussi fine soit la liasse

Elle ne pourra jamais reluire

Autant que ce que tu détruis,

Ce que tu casses

Et que jamais tu ne pourras reconstruire


Vert délavé

Pour faire joli

Sur le papier

Avec autour un beau ruban:

Du vent, du vent, DU VENT!


Pour nos enfants qui te maudissent

Et ceux qui le feront demain

Comptent pas sur eux pour qu'ils bénissent

Ce que tu auras fait de tes mains


"-Dis,Papa comment ça crame

Un promoteur sur un bucher médiatique ?"

-Beaucoup de fumée , pas de flamme

L odeur est vraiment problématique,

Sûrement la vacuité de leur âme

Remplacée par du plastique"



Vert délavé

Pour faire joli

Sur le papier

Avec autour un beau ruban:

Du vent, du vent, DU VENT !



Un de plus omnibile

Par les zéros de son compte obsédé

Un de plus, écervelé

Ne voyant pas plus loin

Que le bout de son nez..


Vert délavé

Pour faire joli

Sur le papier

Avec autour un beau ruban:

Du vent, du vent,DU VENT!

 
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AINSI CHANTAIT LE COUCOU

Entends tu le Coucou ?

As-tu compté tes sous ?

Pas de place dans mon nid !

Pas de comptes au paradis !

Les eaux dorées ne sont qu’ un leurre

Pour des financiers avides et braqueurs

D’ espaces à ce jour préservés,

De fonds publics pour financer

L’ artificialisation d’ une forêt

Châteaux, parcs, terrains golfés.


Pas de place ici !

Pas de place ailleurs !


Quand le coucou chante, c’ est le printemps,

les asperges , la pluie, le soleil levant,

La gelée matinale, la rosée, point d’ argent.

La gaieté des bois, portée par les vents,

Qu’ on aime entendre dans ces moments,

Où les doigts sont gelés dans les champs.

Tu rannonces l’ heure

Et la lumière réchauffe le sang

Le jour avance, les sillons se font moins menaçants...


COU COU !

C’ est le chant d’ un oiseau dans son temps.

                                                 T.L

 
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Le Bestiaire

Guillaume Apollinaire

Orphée

« Regardez cette troupe infecte

Aux mille pattes, aux cent yeux :

Rotifères, cirons, insectes

Et microbes plus merveilleux

Que les sept merveilles du monde

Et le palais de Rosemonde. »